Quels sont les principaux enjeux pour la place financière luxembourgeoise ?

La prospérité future de notre pays dépend de la capacité du Luxembourg à attirer, former et mobiliser les talents de demain, qu’il s’agisse du talent individuel des dirigeants, salariés et indépendants ou du talent collectif des entreprises.

Or, le Luxembourg rencontre actuellement un certain nombre de défis tels que la pénurie des talents, la compétitivité internationale, la transition digitale et environnementale.  La fiscalité est l’un des leviers pour répondre à ces défis. Une modernisation du cadre fiscal est donc impérative pour conserver la compétitivité et l’attractivité du pays.

L’UEL et ses membres, au premier rang desquels figure l’ABBL, travaillent activement avec tous les acteurs engagés pour l’avenir du pays, pour être force de proposition en particulier en cette période charnière afin d’œuvrer pour une économie attractive, durable et prospère pour le pays et ses talents

Comment la fiscalité peut-elle jouer un rôle dans la croissance économique du pays?

Pour faire face aux différents enjeux, il est urgent de donner l’impulsion à une réforme fiscale ambitieuse tant pour les entreprises que pour leurs salariés, qui s’inscrira au sein d’une stratégie globale permettant au pays de se donner les moyens de réaliser ses objectifs.

L’adaptation de la politique fiscale à court et moyen termes constitue un levier incontournable en vue de soutenir une économie prospère et inclusive, et donc les talents individuels et collectifs. En effet, la croissance économique passe par le maintien de nos recettes fiscales qui s’appuie sur la compétitivité du pays pour tous les acteurs de la vie économique.

C’est pourquoi il est primordial d’agir immédiatement et de donner un signal clair d’attractivité pour le pays à l’échelle locale et internationale. Ceci implique de mettre en œuvre une réforme fiscale d’ampleur reposant sur trois piliers : attirer et retenir les talents individuels, supporter les entreprises dans leur développement et augmenter la sécurité juridique et la simplification administrative.

Plus concrètement, de quelles mesures fiscales le Luxembourg a-t-il besoin pour attirer et fidéliser les talents individuels?

L’une des priorités pour le Luxembourg est d’attirer, de former et de mobiliser les talents de demain afin de répondre à la tension sans précédent constatée sur le marché de l’emploi. Il est donc crucial d’agir sur le levier de la formation des salariés, tout en permettant aux entreprises d’attirer les nouveaux talents dont elles vont avoir besoin à l’avenir grâce à des mesures fiscales ciblées.

Entre autres, les régimes fiscaux de la prime participative, des impatriés et des pensions complémentaires nécessitent d’être perfectionnés et élargis afin de répondre au mieux aux attentes du marché et à la « guerre des talents ».

Enfin, la problématique du logement reste centrale face au défi de pénurie de main-d’œuvre: le coût élevé et le manque de logements contribuent au problème de recrutement que nous connaissons. Répondre à cette crise nécessite d’adopter une approche holistique et d’entreprendre une réforme de fond dans de nombreux domaines. Dans l’intervalle, il pourrait être envisagé d’introduire un régime fiscal de faveur permettant aux employeurs de verser à leurs salariés une prime mobilité-logement défiscalisée. Une telle prime vise à permettre aux jeunes travailleurs de bénéficier d’une aide financière exonérée d’impôt de la part de leur employeur afin de les aider à se loger à proximité de leur employeur et/ou à payer une partie de leurs frais de transport dans le cadre d’une mobilité respectueuse de l’environnement.

Que proposez-vous pour maintenir la compétitivité des entreprises luxembourgeoises à l’international?

Outre la guerre des talents, la compétitivité du Luxembourg et de ses entreprises passe également par la maîtrise du coût fiscal global des investissements.

Il est reconnu que les entreprises jouent un rôle indispensable dans la création d’emplois, l’innovation, et plus généralement le dynamisme économique d’un pays. Or, qui dit innovation ou transition digitale et environnementale, dit lever des fonds, investir en infrastructures et compétences, tout en restant profitable afin de réinvestir dans l’économie locale, ce qui pose de réelles difficultés aux entreprises dans un monde aussi concurrentiel que globalisé.

Il est donc important de se servir du levier que représente la fiscalité pour stimuler l’investissement des entreprises, notamment en matière de transition environnementale et digitale, mais également en matière de recherche et développement, lesquelles génèrent des coûts substantiels pour les entreprises. Nous saluons à cet égard le projet de loi récemment déposé par le Gouvernement en faveur de la modernisation de la bonification d’impôt pour investissement en vue de l’étendre aux investissements et dépenses effectués par les entreprises luxembourgeoises dans le cadre de la transformation digitale ou de la transition écologique et énergétique. C’est un premier pas dans la bonne direction.

D’autres aspects, tels que la baisse du taux d’impôt sur les sociétés, pour l’aligner sur le taux européen moyen, devraient aussi être pris en considération pour le maintien de l’attractivité de notre pays.

Enfin, on ne peut ignorer les besoins spécifiques des start-up et PME qui sont parties intégrantes du tissu économique luxembourgeois et des acteurs à part entière d’une économie prospère et innovante. À cet égard, il serait opportun de soutenir le financement et le développement de ces entreprises par la mise en place d’un avantage fiscal pour les personnes physiques investissant en numéraire dans les start-up et PME.

Jean-Paul Olinger, Directeur de l’Union des Entreprises Luxembourgeoises